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Prendre du gras et perdre en force explosive ? Ce n’est pas l’âge qui en est responsable


une femme qui fait du tumbling

On accepte deux idées comme des évidences :

  • “Avec l’âge, on prend du gras parce que le métabolisme ralentit.”

  • “Avec l’âge, on perd en force explosive.”


Pourtant, quand on regarde les données de près, la solidité scientifique derrière ces deux affirmations n’est pas équivalente.


Et c’est là que ça devient intéressant.



1. Le cas du métabolisme : un indicateur direct et robuste


Dans l’étude publiée en 2021 dans Science, Herman Pontzer et son équipe ont mesuré la dépense énergétique totale sur l’ensemble du cycle de vie humain.


Point essentiel :

  • Les chercheurs n’ont pas estimé la dépense énergétique avec des questionnaires ou des calculs approximatifs.

  • Ils ont utilisé une méthode scientifique très précise : la personne boit de l’eau spéciale, et en suivant comment le corps l’élimine, on peut mesurer exactement combien de calories il brûle chaque jour.


Résultat :

  • Le métabolisme ajusté à la masse maigre est stable entre 20 et 60 ans.

  • La chute métabolique significative survient surtout après 60 ans.


Conclusion : La prise de gras à 30, 40 ou 50 ans ne peut pas être attribuée à un effondrement biologique du métabolisme.


2. Le cas de la force explosive : une corrélation, pas une causalité


Les études montrant que la force explosive diminue avec l’âge s’appuient généralement sur :

  • des comparaisons transversales (jeunes vs plus âgés)

  • des mesures de performance (sauts, sprint, puissance mécanique)

  • parfois des analyses de fibres musculaires


Mais voici le point critique :

L’âge est corrélé à la baisse de force explosive mais cela ne démontre pas que l’âge en est la cause directe.

On observe une association. On ne prouve pas un mécanisme causal isolé.


Et surtout :

  • Le niveau de stress chronique est rarement contrôlé.

  • La qualité du sommeil est peu mesurée objectivement.

  • L’historique d’entraînement est variable.

  • La sédentarité accumulée n’est pas neutralisée.

  • La charge professionnelle et mentale n’est pas intégrée.


On compare souvent :

Des jeunes actifs entraînés à des adultes plus âgés dont l’activité quotidienne ne stimule plus la force explosive… et souvent moins entraînés.

Ce n’est pas la même chose.


3. Indicateur direct vs indicateurs indirects


Dans le cas du métabolisme :

  • Mesure directe et fiable : les chercheurs ont mesuré exactement combien d’énergie le corps dépense chaque jour, sans se baser sur des estimations ou des questionnaires.

  • Méthode robuste : la technique scientifique utilisée est considérée comme le “gold standard” de la mesure de dépense énergétique.

  • Ajustement à la masse maigre : le métabolisme est analysé en tenant compte de la quantité de muscle, qui est le tissu le plus actif sur le plan énergétique. Cela permet de comparer correctement différentes personnes.

  • Cohorte large : l’étude a suivi un grand nombre de participants de tous âges, ce qui rend les résultats solides et représentatifs.


Dans le cas de la force explosive :

Une femme qui saute

  • Variable de performance globale : on mesure la force explosive par des tests (saut, sprint, puissance), mais ces résultats dépendent de plusieurs facteurs et ne reflètent pas seulement la capacité musculaire.

  • Fortement influencée par l’entraînement : une personne très entraînée peut conserver sa force explosive longtemps, tandis qu’une personne moins active peut la perdre rapidement.

  • Dépendante du système nerveux : pour produire de la force rapidement, le cerveau et les nerfs doivent activer efficacement les muscles. Toute fatigue nerveuse ou stress peut réduire la performance.

  • Sensible au stress, au sommeil et à la récupération : la qualité du repos, le stress quotidien et la récupération musculaire influencent directement la force explosive.


Une base solide de stabilité, mobilité et résistance permet de mieux préserver vos capacités et de rester actif au quotidien.

Des exercices ciblés comme ceux de mon programme abdos/fessiers SMR peuvent vous aider à renforcer ces fondamentaux.


💡 En résumé : La force explosive n’est pas seulement une question de muscles. C’est une qualité neurophysiologique qui dépend de l’ensemble du corps et de l’environnement. Elle est donc beaucoup plus variable et sensible que le métabolisme, qui peut être mesuré de façon précise et stable.


4. Même causes, mêmes effets ?


Regardons les facteurs qui diminuent la force explosive :

  • Stress chronique → Augmente le cortisol → Diminue la récupération nerveuse

  • Fatigue chronique → Diminue le recrutement des unités motrices rapides

  • Sédentarité → déconditionnement neuromusculaire

  • Manque de stimulation rapide → perte de fibres type II


Ce sont exactement les mêmes facteurs qui :

  • favorisent la prise de gras

  • dégradent la sensibilité à l’insuline

  • altèrent la récupération


Or ces facteurs augmentent statistiquement avec l’âge moderne.

La variable commune n’est peut-être pas l’âge.

C’est le mode de vie accumulé.


5. L’âge est-il un facteur ou un marqueur ?


L’âge avance pour tout le monde.

Mais la force explosive ne chute pas de façon uniforme chez tous.


Une femme qui fait des gammes d'athlétisme

On observe :

  • des athlètes masters conservant un haut niveau de puissance

  • des adultes actifs maintenant des qualités explosives remarquables


La variabilité interindividuelle est immense.


Cela suggère que l’âge pourrait être :

  • un marqueur statistique

  • mais pas nécessairement la cause principale


Confondre corrélation et causalité est une erreur classique en science.




6. Hypothèse raisonnable


Si :

  • Le métabolisme ne chute pas significativement entre 20 et 60 ans (mesure directe robuste)

  • La prise de gras augmente avec les changements de mode de vie

  • La force explosive est extrêmement sensible au stress, au sommeil et à la stimulation


Alors il est raisonnable de proposer l’hypothèse suivante :

  • Ce n’est peut-être pas l’âge qui fait baisser la force explosive.

  • Ce sont les changements environnementaux et comportementaux associés à l’âge.


Et ces variables ne sont que rarement isolées proprement dans les études sur la baisse de force explosive.


Conclusion


Pour le métabolisme, nous avons une mesure directe solide qui invalide l’idée d’un ralentissement précoce lié à l’âge.


Pour la force explosive, nous avons surtout des corrélations.


L’âge est associé à une baisse de performance explosive mais association ne signifie pas causalité.


Il est donc plausible que :

  • Ce ne soit pas la biologie du vieillissement qui nous fasse perdre la force explosive mais l’accumulation de stress, de fatigue et de sédentarité.


Et si c’est vrai, alors la bonne nouvelle est simple :

Ce qui dépend du mode de vie peut être modifié !


Lauriane Lamperim

Kinésithérapeute et ancienne membre de l'équipe de France de Tumbling.



Pour les curieux :

Pour aller plus loin et approfondir le sujet, voici les sources sur lesquelles je me suis appuyée


Références bibliographiques

  1. Pontzer H. et al. (2021). Daily energy expenditure through the human life course. Science.

  2. Fielding R.A. et al. (2011). Sarcopenia: an undiagnosed condition in older adults. Current Opinion in Clinical Nutrition and Metabolic Care.

  3. Tarnopolsky M.A. (2008). Age-related changes in muscle mass and strength. Journal of Applied Physiology.

  4. McPhee J.S. et al. (2018). Physical activity in older age. The Journals of Gerontology Series A.

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